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Aux condamnes : Rage jusqu'au bout de votre horrible fin

Publié le lundi 7 juillet 2000 dans le Philadelphia Inquirer

par Dave Bulley

 

Vous, paisibles marcheurs qui rêvez d’une mort noble, qui faites votre possible pour être en paix et ensuite marchez sans assistance vers la chaise ou la table pleine de sangles qui mettra un terme à votre vie. Vous, qui souhaitez que vos dernières actions sur terre soient courageuses, et qui acceptez votre sort. On vous ment.

 

Croyez-vous que les gens se souviendront de votre courage ? Ils ne s’en souviendront pas. Les seuls témoins de votre exécution sont ceux qui veulent vous voir mort. Ceux qui sont soulagés de votre passivité et de la facilité avec laquelle vous êtes mort. Les derniers pas que vous pensez nobles, en fait, signifient une atténuation de la culpabilité de ceux qui vous tueront.

 

La seule façon de mourir noblement est de mourir de grand âge ou par accident. Votre mort, ficelé à une table et euthanasié comme un chien sans attraits pour trouver un foyer, est une obscénité.

 

L’obscénité est aggravée par votre complicité. Une personne qui marche à grands pas vers une mort administrée par d’autres est un complice de cette mort. Point barre.

 

Dylan Thomas a écrit à son père mourrant, "Ne te laisse pas glisser dans les bras de cette douce nuit." Dans le même poème il a écrit, "Tempête, bats-toi pour que ne s’éteigne pas la lumière." J’appelle une telle rage une mort noble.

 

Les anciens guerriers celtes pensaient que la meilleure façon de mourir était le visage dans la terre, en chargeant l’ennemi. Les Vikings, aussi, pensaient qu’ils valaient mieux mourir en se battant pour vivre.

 

Voilà comment faire pour qu’on se souvienne de vous. Voici les derniers mots qui vaudraient le coup que vous les prononciez le dernier jour où vous respirerez : "J’en ai appris suffisamment dans cette prison pour réaliser que tuer des gens est mal, je ne serai pas complice de ma propre mort."

 

Quand les gardes arrivent, et le prêtre, les yeux sombres et sinistres, regardez-les bien dans les yeux. Regardez-les suffisamment bien pour y trouver soit la peine, la culpabilité de ce qu’ils font, ou la joie parce que ce sont des meurtriers trop lâches pour enfreindre la loi. Regardez assez profondément pour y voir quelque chose et défiez ça. Puis battez-vous. Tapez et hurlez, bon sang ! Cognez, et attaquez, et mordez, et battez-vous et battez-vous encore.

 

La mort n’aime pas qu’on la reçoive les bras ouverts. La mort est l’ennemie, et ceux qui cherchent à vous en rapprocher ne sont pas vos amis. Battez-vous contre eux.

 

Battez-vous suffisamment contre eux pour que la journaliste, témoin infortunée de votre exécution, remarque votre combat et ressente un malaise dans son ventre. Faites-la se sentir obligée d’écrire combien vous vous êtes battu pour votre vie et que l’État vous l’a prise. Faites que le docteur au bout de l’aiguille rentre chez lui et vomisse. Faites que le Directeur démissionne, horrifié de ce qu’il a fait. Faites en sorte que vous, au dernier moment, sachiez que vous avez fait toutes les choses inutiles que vous pouviez pour prolonger votre propre vie.

 

Une partie de la raison pour laquelle nous pensons que c’est OK de tuer des prisonniers dans ce pays est que ça ne semble pas déranger ces prisonniers. Nous, le public, n’entendons que comment le condamné a mangé son dernier repas, plaisantant avec sa famille, faisant de tendres adieux. Nous entendons parler de leurs derniers pas, calmes et sans assistance. Nous entendons leurs dernières paroles réfléchies ou un silence glacial, et puis on se dit, "Dieu merci, c’est fini. Dieu merci, ils ne se sont pas battus. Dieu merci, ça a été facile."

 

Vous, meurtriers du couloir la mort, vous savez - parce que vous l’avez administrée - beaucoup mieux que nous que la mort est laide. Aidez-nous, "Nous, peuple des États-Unis," à en voir la laideur de nos propres yeux. Battez-vous suffisamment fort pour votre vie pour que nous en connaissions la valeur. Si vous le faites – si vous le faites tous – alors on pourra peut-être abroger la loi nauséabonde et perverse qui autorise les exécutions. Si cela arrive, si votre combat dégoûte les gens, et qu’ils changent la loi en conséquence, alors votre mort sera véritablement noble. Elle aidera à sauver la vie d’autres.

 

David Bulley ([email protected]) vit et écrit à Amherst, Massachusetts.

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